1 866 532-2822
Sortie rapide  
GRATUIT & CONFIDENTIEL
Sortie rapide

Retour

L’ÉDIES: une intervention spécialisée en exploitation sexuelle

  1 mars 2026

Les personnes victimes d’exploitation sexuelle composent bien souvent avec des traumatismes complexes. Plusieurs obstacles au rétablissement se posent pour elles et l’accès à des services véritablement adaptés est difficile. Les violences répétées engendrent des séquelles durables qui affectent l’ensemble des sphères de leur vie. C’est pourquoi la réponse à leurs besoins doit être personnalisée et sensible à leur réalité. C’est là qu’entre en action l’Équipe dédiée d’intervention en exploitation sexuelle du Réseau des CAVAC, ou si vous préférez, l’ÉDIES.

La création de cette équipe découle du Plan d’action gouvernemental en réponse aux recommandations de la Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs. C’est donc en 2022 qu’elle voit le jour. Composée de six intervenantes et d’un coordonnateur provincial, cette équipe d’intervention spécialisée œuvre directement au sein des Escouades Intégrées de Lutte contre le Proxénétisme (EILP) de la Sureté du Québec et du Service de police de Montréal. Cette proximité avec les enquêteurs favorise la réception rapide des références, l’accueil spécialisé des personnes victimes ainsi que la collaboration et l’arrimage des services entre les équipes du CAVAC et les partenaires.

Il y a une intervenante de l’ÉDIES dans les régions de Laval, de la Montérégie, de Gatineau et de Québec alors qu’on en compte deux à Montréal. Ce sont donc ces intervenantes spécialisées qui prennent systématiquement en charge la clientèle victime d’exploitation sexuelle dans ces régions ou qui font le pont vers la personne intervenante désignée dans les CAVAC des autres régions lorsque la personne victime vit ailleurs en province.

Les six intervenantes de l’Équipe dédiée d’intervention en exploitation sexuelle du Réseau des CAVAC et le coordonnateur provincial.

Une intervention rapide, flexible, sensible et concertée

La présence de l’intervenante dans les mêmes bureaux que l’EILP fait toute la différence pour assurer une rapidité d’intervention. Dès qu’une escouade intervient auprès d’une personne victime d’exploitation sexuelle, l’intervenante de l’ÉDIES est mise dans la boucle. Elle fait donc un premier contact avec la personne dans les heures qui suivent et la rencontre bien souvent sur le champ. Il arrive même parfois que l’intervenante puisse accompagner les agents lors de leur intervention sur le terrain. Si on compare avec une prise en charge aux services courants du CAVAC, la personne victime pourrait devoir attendre plusieurs jours, voire quelques semaines, avant de rencontrer la personne intervenante et d’entamer un suivi psychosocial, ce qui n’est pas optimal dans le contexte de victimisation. La petite fenêtre d’opportunité pour intervenir auprès des personnes victimes d’exploitation sexuelle est importante à saisir si on veut établir un contact avec elles, selon Marilyn Thibault-Maurais, intervenante de l’ÉDIES du CAVAC de l’Outaouais.

La flexibilité d’intervention et de l’horaire des intervenantes de l’ÉDIES permet également de répondre aux besoins plus spécifiques de cette clientèle. Elles ont toutes un téléphone cellulaire pour être facilement joignables pour les personnes victimes, échanger des messages textes, bref, pour être disponibles aux moments où la personne tend la main. Elles peuvent aussi se déplacer pour aller à leur rencontre dans un cadre moins formel où la personne victime se sent davantage à l’aise à parler de son vécu.

Évidemment, toute l’équipe a développé, ces dernières années, une expertise pointue relativement à l’exploitation sexuelle. Les intervenantes comprennent le contexte coercitif dans lequel vit la personne victime, les violences et la manipulation auxquelles elle est soumise et les nombreux traumatismes qui peuvent en découler. Elles adoptent donc une approche sensible à leur vécu et les accueillent dans le non-jugement.

Il y a énormément de déplacements en exploitation sexuelle. Les proxénètes déplacent les personnes victimes dans différentes régions, notamment dans le but de les déraciner de leur réseau et de les isoler. Lorsqu’on accompagne une personne victime dans sa sortie du milieu, tout est à rebâtir. Bien souvent, il faut la relocaliser dans sa région d’origine et assurer un filet social autour d’elle. Pour l’ÉDIES, étant implantée dans différentes régions et étant en contact étroit avec des intervenantes pivot de tous les CAVAC en province, il est facile de se concerter, de faire le pont avec les services de proximité dans le milieu d’origine de la personne victime et d’assurer une prise en charge rapide.

Un contexte coercitif et violent qui laisse des marques

Les personnes victimes n’entrent pas dans le milieu de l’exploitation sexuelle en sachant tout ce qui les attend. Elles se laissent généralement charmer par le scénario rempli de promesses et d’avantages qui est présenté par le proxénète. Toutefois, la personne victime peut rapidement être soumise à une phase de désensibilisation. Une stratégie qui vise à exposer et à banaliser la sexualité auprès de la personne victime et qui peut aller jusqu’à des agressions sexuelles de groupe. Le proxénète use de beaucoup de manipulations, de chantage émotif et de contraintes afin d’exercer une emprise totale sur ses victimes et de les amener à offrir des services sexuels.

Dans les faits, la personne victime n’a pratiquement plus de contrôle sur son quotidien. Elle ne décide pas dans quelle ville elle va vivre, où elle sera hébergée, quand elle pourra manger, ni à qui elle échangera des services sexuels. Elle devient dépendante à tous les niveaux du proxénète, ce qui rend la sortie du milieu très complexe.

Les personnes victimes d’exploitation sexuelle en ressortent bien souvent avec une très faible estime de soi, une grande méfiance et une difficulté à faire confiance. Elles composent avec de nombreuses réactions post-traumatiques, d’autant plus qu’une grande proportion de cette clientèle a préalablement été victime d’abus sexuels.


Se libérer de la dynamique d’exploitation

Quitter l’emprise de son proxénète peut être assez vertigineux pour la personne victime qui perd ainsi tous ses repères. L’intervenante de l’ÉDIES travaillera donc de pair avec ses partenaires pour assurer une prise en charge rapide qui répondra aux différents besoins de la personne. Ces personnes victimes se retrouvent généralement dans une situation financière précaire à leur sortie alors qu’elles ne disposent pas d’économies, ni de source de revenu. Plusieurs ont même été endettées par leur proxénète qui a utilisé leurs cartes d’identité à leur insu. Une situation qui rend presque impossible la signature d’un bail pour se loger ou l’achat d’une voiture pour se déplacer.

La plupart des personnes victimes feront plusieurs tentatives avant de définitivement quitter le milieu, un peu comme on l’observe dans une dynamique de violence conjugale. Les intervenantes de l’ÉDIES respectent le rythme des personnes qu’elles accompagnent et travaillent à bâtir une relation de confiance avant tout.

Après quatre ans comme intervenante au sein de l’ÉDIES, Marilyn a vu plusieurs femmes réussir à quitter le milieu. Des femmes qui ont refait leur vie et qui sont aujourd’hui dans une relation saine. Elle pense à ces photos de bébés qu’elle reçoit de leur part et ça la fait sourire. Mais, elle ajoute qu’il faut souligner toutes les petites victoires. Même lorsque la personne demeure dans le milieu, l’intervenante se motive à voir des femmes reprendre le pouvoir sur leurs activités, d’autres reconnecter avec leur famille ou développer progressivement leur autonomie.


Le sentiment d’impuissance des proches

Apprendre que son enfant est victime d’exploitation sexuelle peut être très difficile et générer un grand sentiment d’impuissance. Les proches des personnes victimes peuvent avoir de la difficulté à savoir comment se positionner pour les aider. Il est d’abord important de tenter de conserver le lien de confiance avec la personne et de lui communiquer son soutien, son amour et sa considération.

Se renseigner au sujet de l’exploitation sexuelle et mieux comprendre la dynamique peut leur permettre de mettre certains présupposés de côté et de laisser toute la place à l’empathie. Il est aussi essentiel de prendre soin de soi afin de ne pas s’épuiser. Les proches vivent une multitude d’émotions en lien avec la situation et doivent les adresser pour être dans une posture aidante auprès de la personne victime.