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Au service de la clientèle aînée

  3 juillet 2024

Vieillir comporte son lot de changements, d’inquiétudes et de pertes. On perd parfois de l’autonomie, on perd parfois de la mobilité et on perd souvent des proches. Les aînés peuvent se sentir isolés, dépendants, vulnérables, impuissants et, malheureusement, peuvent être plus sujets à vivre de la maltraitance. On estime qu’au Canada, entre 10 et 15 % des personnes aînées sont maltraitées. *

C’est pour répondre plus spécifiquement à leurs besoins et leur offrir un service individualisé et spécialisé que le CAVAC de Montréal a mis sur pied le projet d’intervention consacré à la maltraitance envers les aînés en 2018. Un projet qui vise à développer une expertise, des méthodes de coordination et d’intervention, des outils et des partenariats pour mieux soutenir ce type de clientèle.

Depuis le printemps 2023, c’est Mélanie Cyr qui chapeaute le projet à titre d’agente de liaison dédiée en maltraitance aînée. Elle, qui a œuvré auprès des aînés pendant 10 ans avant de se joindre au CAVAC, est littéralement tombée en amour avec la clientèle aînée à l’époque.

Mélanie Cyr, agente de liaison en maltraitance aîné au CAVAC de Montréal

*Donnée tirée du guide de l’IPAM du Service de police de Montréal


L’agente socio-communautaire, Josée Laganière, du SPVM et Mélanie Cyr dans le cadre du projet de porte-à-porte 2024 « Visiter une personne aînée ».

Des partenaires précieux

Les dossiers dont héritent Mélanie proviennent en grande partie de l’interne, c’est-à-dire lorsque des collègues du CAVAC les jugent plus complexes ou nécessitants un service plus spécialisé.

Ses partenaires policiers sont aussi bien nombreux à lui référer des personnes victimes. En fait, l’agente travaille de paire avec le Service de police de la Ville de Montréal et son modèle d’intervention policière auprès des aînés maltraités (IPAM). Elle est située directement au centre opérationnel afin d’offrir des services sur le champ à la clientèle. Mélanie peut ainsi accompagner les agents sociocommunautaires ou les agents de concertation du SPVM au domicile de la personne victime lors de la première intervention dans le but d’établir un premier contact.

« Ce n’est pas juste la police qui arrive chez la personne victime, je représente une personne tierce qui peut intervenir auprès d’elle ».

Cette première rencontre est généralement très bien accueillie par la clientèle et permet à Mélanie de rapidement mettre un filet de sécurité autour des personnes victimes. Elle assure qu’il est très rare qu’elles refusent l’aide et le soutien qui leur sont offerts. Une hausse de 33% des demandes et références au projet dédiée en maltraitance aînées comparativement à l’année précédente a d’ailleurs été observée en 2023-2024.

Plusieurs personnes victimes aînées ont de la difficulté à se déplacer. Se rendre à la Cour et y attendre parfois toute la journée peut être pénible et décourageant pour plusieurs. C’est pourquoi Mélanie tente de leur faciliter la vie le plus possible, de limiter les obstacles qui pourraient les freiner à obtenir de l’aide.

Elle se déplace à domicile pour les rencontrer et garde constamment en tête l’enjeu de la mobilité lorsqu’elle les réfère vers un autre service. Mélanie les assiste aussi dans différentes démarches de façon beaucoup plus soutenue. La simple démarche d’ouvrir un ordinateur et de télécharger un formulaire IVAC, par exemple, est impossible pour plusieurs. Elle doit donc les suivre pas-à-pas dans l’accomplissement de certaines tâches.

«  L’accès aux services de la clientèle aînée n’est vraiment pas le même que la clientèle dite plus générale. Tout nécessite plus d’efforts, je dois garder ça en tête. »

Statistiques du projet en 2023-2024
245 dossiers traités
47% de références internes
36% de références policières
17 % de références d’autres partenaires
Hausse de 33% des demandes et références l’an dernier

Violence intra-familiale

Le contexte dans lequel survient généralement la maltraitance aînée est particulier. Les aînés sont presque toujours victimes d’un proche et bien souvent d’un enfant. Le lien qui les unis au maltraitant est donc très cher à leurs yeux et il peut être difficile de les convaincre de prioriser leur sécurité et leur bien-être. Il est donc important de s’y attarder lorsqu’on intervient auprès des personnes qui sont victimes de maltraitance aînée.

L’enjeu du maintien à domicile peut aussi décourager les aînés à porter plainte ou à demander de l’aide. Bien souvent, c’est l’enfant qui permet à la personne victime de continuer de vivre à la maison en accomplissant certaines tâches. Il assure les déplacements vers l’épicerie, chez le médecin ou l’aide à la préparation des repas, par exemple. L’aîné en perte d’autonomie qui subit la maltraitance peut donc décider de fermer les yeux sur la situation, notamment de peur de ne plus pouvoir demeurer à la maison ou de ne plus pouvoir compter sur le soutien de la personne maltraitante. Selon Mélanie, il est essentiel de rapidement mettre en place des services qui pourront répondre aux besoins des personnes victimes pour leur maintien à domicile. L’intervenante observe d’ailleurs une grande méconnaissance de leur part des services qui sont à leur disposition.

«  Il faut vérifier quels sont les besoins sous-jacents de la personne victime parce que si on n’y répond pas, elle retournera vers la personne maltraitante et on ne réglera pas le problème ».


Un service nécessaire

Le service spécifique en maltraitance aînée fait toute la différence pour les personnes victimes, selon Mélanie. Il permet un bien meilleur taux de réception alors que les aînés sont nombreux à accepter les services parce qu’ils constatent que le CAVAC a leurs intérêts à cœur, parce qu’ils se sentent rapidement en confiance.

L’importante hausse des demandes pour ce service l’an dernier en est d’ailleurs la preuve. À la lumière de ces statistiques et en tenant compte que la population est vieillissante, il se pourrait bien qu’une ressource soit ajoutée prochainement pour prêter main forte à Mélanie.


Comment reconnaître la maltraitance aînée ?

Mélanie est d’avis qu’il faut davantage sensibiliser la population aux signes de la maltraitance aînée. Elle affirme qu’il faut être à l’affût des changements de toutes sortes ; un isolement progressif, une humeur changeante, des enjeux financiers soudains. Dans le doute, il ne faut pas hésiter à parler à l’aîné, lui poser des questions ouvertes et être dans une position d’écoute et d’ouverture.

Une fois qu’on a un meilleur portrait de la situation, il est possible de contacter la Ligne aide abus aînés pour nous guider à travers la démarche.


Projet de recherche sur les aînés au CAVAC Laval

Un projet de recherche intitulé : « Pandémie et isolement : comment favoriser l’accès à la justice pénale des aîné(e)s victimes de violence conjugale et familiale » est en cours au CAVAC de Laval depuis septembre 2022. Le projet consiste à prendre connaissance de l’expérience des personnes aînées ayant effectué une recherche d’aide pendant les deux vagues de la pandémie concernant la violence familiale et/ou conjugale dont elles ont été victimes. Une recension des écrits a été préalablement faite afin de dresser un portrait de la situation et des entrevues ont eu lieu avec des personnes aînées. Les données qui en ressortent sont présentement analysées et seront présentées dans un rapport de recherche.

Ce projet vise ultimement à mieux accompagner ce type de clientèle en bonifiant notamment les outils existants et les structures de travail en place ainsi qu’en privilégiant l’accès à la justice chez les personnes aînées en fonction de leurs besoins. Il est tout à fait possible de croire que la bonification de ces outils sera également favorable aux personnes intervenantes qui en feront l’utilisation. Un projet qui sera donc bénéfique pour l’ensemble des personnes victimes aînées.